Monarch - Live report du concert au Rex le 14 octobre à Toulouse

Bon, visiblement, à partir d''un certain âge, il est de coutume de prendre des apéros avant d'aller voir des premières parties. On a donc raté Cairns, comme des vieux cons. Et de ce que j'ai ouï dire, c'était pas forcément le bon choix, vu que le groupe a livré un excellent set. Une fois c'est le riz qui cuit, l'autre fois c'est les pastis chez le grec. Si seulement on tenait debout plus longtemps, vieux cons que nous sommes.

Notre crew a donc rejoint le Rex pour voir la prestation de Foudre. Et on a bien fait. Quatre gaziers autour d'une table, l'encens qui nous dézinguait l'odorat, la salle bien remplie, au début on était dubitatif. Le combo est une collaboration de type super groupe, avec un oiseau tempête, des Sâad, un ancien I Pilot Daemon, donc du toulousain et de l'habitué. Je n'avais jamais prêté une oreille au projet et c'était une erreur car leur set était prenant. Au début, on rentre pas forcément dans le truc, on a même l'impression qu'ils ne savent pas forcément où ils vont. Pourtant, leur drone expérimental à grosses teintes electronisante fait petit à petit mouche. Au gré des beats, des nappes et des textures, on sent que les quatre pèlerins trouvent petit à petit leur alchimie gagnante, et arrivent à mener leur barque shamanique, entre Inade, Biosphere pour le côté ambiant, voire Tim Hecker pour l'agencement des boucles. On ressent énormément leur côté happening voire prestation, comme si leur deadline était l'encens qui se consumait, inspiration Throbbing Gristle qui pointait sur scène comme à l'usine et se retirait dès que l'électricité disparaissait. Dur de les suivre au début, comme si eux même ne voyaient pas bien où ils voulaient en venir, mais la suite fait mouche, et le groupe nous emporte rapidement entre drones éthérés, paysages désertiques à la Dead Man (Neil Young), beats faisant parler le bpm et envolées noise vindicatives. Je suis curieux de voir ce que ça peut donner sur disque car leur set m'a emballé. Merci à Noiser pour la découverte !

Une petite demi heure pour aller uriner au resto voisin, faute de toilettes bouchées dans la salle, on retourne peupler le Rex en attendant les Monarch. Ce soir, on fête leurs quinze balais et la sortie du Never Forever chroniqué par ici, un chef d’œuvre inattendu. Ils ont quinze ans certes, de mon côté cela fait dix ans que j'ai pu les poursuivre et apercevoir dans quelques salles françaises. J'aime Monarch, je respecte profondément leur démarche et leur côté stakhanoviste. Ils ont toujours aimé ce qu'ils faisaient, sans jamais l'intellectualiser, en fans de musique avant tout qui mettaient en avant leurs influences, leurs envies, tout en restant à côté de tout un pan d'une scène parfois trop concrète. Monarch a toujours été une bête de scène immonde, jouant plus fort que tout le monde, préférant le crust et le punk à toutes les sorties estampillées drone/doom qui fleurissaient lorsque le groupe parcouraient les routes. C'était leurs quinze ans donc, c'était en gros mes retrouvailles avec eux. 

J'ai pu en ingurgiter des concerts depuis mes adieux au groupe (2008 quasiment avec Mer Morte). J'ai pu me faire laminer le crane, j'ai pu prendre des baffes d'outre tombe, j'ai pu voir des réglages soniques au top. Pourtant j'ai rajeuni de dix ans ce soir là. Monarch jouait toujours aussi fort. Monarch labourait toujours autant le cerveau. Je ne me souvenais pas à quel point Monarch était aussi puissant, douloureux, cathartique. A l'époque, comme me le rappelait mon rédac chef, la vanne c'était « Ils ont bientôt fini leurs balance ? » . Aujourd'hui il n'y a plus aucune vanne. On assiste littéralement avec eux à la fin du monde totale. Chaque riff est un exutoire. Chaque coup sourd de batterie, chaque slide de basse enchaîné sur son riff, chaque cri, chant est libérateur. Monarch est devenu son propre mur d'ampli. 

Ils ont beau nous fournir le décorum à leur messe noire, encens (encore, bon dieu, y avait il une promo ce jour là?), bougies, chandeliers ; aucun de ces apparats ne nous laisse une pause. Monarch live est souffrance, et encore plus à fleur de peau qu'avant. On se demandait ce que Never Forever allait donner en live, en connaissant les gaziers. Song to the void, la fameuse interlude nous répond sans aucune concession. Emilie a beau pousser la chansonnette, murmurer et le bassiste a beau partir fumer une clope de son côté, Monarch est toujours aussi douloureux. Processionnaire certes, avec une teinte mélodique qui accentue le mal être de leur musique, chaque riff est une libération. Je ne pensais pas autant vivre chaque note que lors de cette soirée. 

Quand on sait que le groupe est avant tout fan de crust, de heavy, de sludge et donc de punk, on ne peut que s'enjailler (dix ans plus tard donc) qu'ils terminent par deux reprises, dont le fameux I Got Erection de Turbonegro, pour encore plus de décalage face à la gravité du reste du set. Même sur ce moment de libération, je n'ai pas pu me déglacer le sang, Monarch m'avait enterré six pieds sous terre. Ils ont eu beau finir en me jetant des krema et des dragibus issus d'une Pinata détruite à l'aide d'instruments, j'étais toujours bien perché dans ma léthargie cotonneuse amovible.  Après autant de haine et d'oblitération physique et charnelle, on reste bouche bée d'entendre Emilie nous remercier avec sa petite voix, tout sourire ouvert. Je n'ai malheureusement pas pu lui rendre sur le coup, tant la prestation était totale.  (J'ai malheureusement eu l'impression que le concert a duré moins de vingt minutes, mais je pense que la faille temporelle crée m'a trompée, bien que je les soupçonne d'avoir commencé un peu en retard et donc joué un peu moins dans un souci de respect des délais. J'avais envie de les ramener à la maison et les laisser jouer à l'infini.). Énorme mandale, comme on en fait rarement. Moi qui croyais avoir pris dix ans et trop de rides pour encore pouvoir m'émerveiller. Merci à Monarch, merci à Noiser. Monarch Über Alles !

Bertrand  

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