Mgła – Exercices In Futility

À l’heure où certains se complaisent à affubler leur musique d’étiquettes complexes à la sémantique douteuse, à intellectualiser leurs créations sans en avoir ni le talent ni l’originalité, il en est qui savent se débarrasser de ces atours, parfois ridicules, pour garder uniquement ce qui fait l’essence d’un genre, l’éthique et l’esthétique d’un art.

Le duo polonais a su prouver par le passé sa capacité à créer une musique à la fois gonflée d’influences et terriblement unique, froide, brutale, intransigeante. Arrivé de nulle part, au milieu des années 2000, avec l’EP Presence, c’est l’excellent et sulfureux With Heart Towards None, sortie en 2012, qui, en dépit de toute promotion, fit définitivement émerger Mgła du brouillard polonais. Acclamé par la critique et le public, cet album est très vite devenu un incontournable du genre faisant de Mgła le fer de lance d’une scène polonaise en pleine effervescence. Après trois longues années de silence, nous voilà de nouveau face au monstre. C’est en septembre 2015 que M et Darkside, les deux hommes derrière le projet, sortent à nouveau du bois et reviennent nous cracher leur bile nihiliste au travers de la gueule et quel plaisir !

Exercices in Futility est une ode à l’insignifiance. Un poème froid et décharné, en six actes, qui transit le corps et l’esprit. Passée une introduction de quelques secondes, les deux acolytes entament les hostilités en sonnant le glas, dès les premières notes de l’album, avec une piste hallucinante d’intensité. Voguant d’une lenteur délicate vers une brutalité à la mélancolie efflorescente, celle-ci deviendra l’arme principale des Polonais. A la suite de ce premier acte, la descente aux enfers est inévitable et le retour à la surface inenvisageable.

L’auditeur est alors emporté dans un tourbillon maladif où, telle une coulée de lave, les riffs de guitares se répandent en trémolos funèbres et accords dissonants formant un bloc sonore d’une noirceur hypnotique, ad nauseam. Derrière les fûts, Darkside parait infatigable. Réglé comme un métronome, il ne vient jamais écraser les compositions, mais appuie avec intelligence chaque transition, chaque montée en puissance, accompagnée, qui plus est, d’un jeu de cymbale dément. J’en veux pour preuve les chapitres IV et V de ce recueil morbide. Avec cet album, plus rien ne semble retenir Mgła qui déverse inlassablement son fiel. Le chant, plus que jamais mis en avant, est sépulcral, abrasif. Souvent déclamé plus que chanté, les textes sont à l’image d’un album hymne à la déconstruction. Là ou d’autres se seraient perdus dans une répétitivité lassante ou une complexité trop ampoulée, le groupe n’est jamais dans la lourdeur, jamais dans le rébarbatif. Il érige la simplicité des riffs en principe, insufflant à ses compositions une férocité colossale. La bête a su se nourrir de ses illustres prédécesseurs, digérant intelligemment ce qui fait du black metal une musique qui prend aux tripes, pour s’approprier un style et recracher un album unique, entêtant, profondément brutal et mélancolique.

Sous sa simplicité feinte, le dernier né de Mgła gagne en intensité à chaque nouvelle écoute. Bien plus subtil qu’il n’y parait, cet album est tout simplement beau et bon, résultat d’une synergie totale de chaque élément qui le compose. Le vide laissé par l’ultime écho du sublime dernier chapitre d’Exercices In Futility est terrible. En l’espace de 40 minutes, Mgła a saisi là un des aspects les plus sauvages du black metal, carnassier !

Mgla
Exercices in Futility
2015

Label : No Solace 

Samuel

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