Mamaleek – Out Of Time

Ne vous laissez pas berner par les quelques informations glanées de-ci de-là sur la toile et qui laissent à croire au premier venu que Mamaleek s’adonne au genre du dit « metal », ne serait-ce que vaguement black. La question étant : ce groupe est-il seulement encore un groupe de metal ? Non, non, cent fois non, et si sur d’anciennes sorties il était de bon ton d’affubler le duo d’une telle étiquette, avec un bon gros « EXPERIMENTAL » à ses côtés, vous pouvez dès à présent oublier tout désir de découvrir ici un album « metal ». Mamaleek n’est plus ! vive Mamaleek ! Et pour les déjà fins connaisseurs de la discographie de ces deux illustres inconnus, ce constat ne devrait pas les étonner outre mesure. Pour les autres, préparez-vous à rentrer dans le monde étrange et mélancolique de ce groupe atypique et de leur nouvel opus, Out Of Time.

Sortez donc vos crampons en acier trempé, car l’ascension du mont Mamaleek n’est clairement pas une promenade de santé, et derrière ce pseudonyme arabisant, vous ne trouverez rien que du vent, des cendres et de lointains hurlements. Les deux frères ont opté pour une perte d’identité totale au service d’une créature régénérant sa propre existence à chaque nouvelle tentative d’expression, toujours un peu familière, mais jamais vraiment la même. Il est toujours risqué de s’abandonner ainsi à sa propre création sans tomber dans la caricature grotesque, devenir des faussaires ou générer un trop-plein de frustration chez son auditoire ; a fortiori lorsque ce monstre est impalpable, méconnaissable à chacune de ses apparitions, rendant sa description aussi difficile qu’une épreuve de Ninja Warrior pour un tétraplégique. En effet, s’il est bien une caractéristique, en sus de l’anonymat, qu’on ne peut enlever à cette formation, c’est qu’il n’est pas aisé d’en définir les contours, les mots se dérobant un peu plus à chaque nouvelle phrase tentant vainement d’expliquer ce qu’est Mamaleek. Tous ces efforts vous laisseront aphone d’un vocabulaire qu’il reste encore à imaginer et qui nous permettrait enfin de toucher à la révélation ultime et répondre à ces questions élémentaires que tout un chacun est amené à se poser un jour dans sa vie ! C’est quoi donc ce groupe ? Qui c’est donc ces mecs ? Pourquoi donc j’ai mal à la tête quand j’écoute cette musique ? Mamaleek, mieux ou moins bien que Baise Ma Hache ?

Revenons donc à mes propos liminaires. Mamaleek n’est plus du metal, même pas expérimental, même pas post, même pas « blackgaze ». Sur Out Of Time, les vestiges de cette époque se soustraient à vos oreilles pour se retrouver uniquement dans les vocaux habités d’une rage et d’une mélancolie propres au metal de couleur sombre et quelques sonorités pesantes et grésillantes pavant froidement les méandres de cet opus. Néanmoins, si Mamaleek a bien évolué depuis ses débuts, il pratique toujours la magie noire avec une maestria hors du commun et nous offre à mon sens son album le plus cohérent et surtout le plus consistant depuis ses premières démonstrations soniques. De son ancienne étiquette, ne gardez donc que l’aspect shoegaze, à proprement parler, et l’énorme panneau « EXPERIMENTAL ». En effet, tel un alchimiste, maniant formules occultes et mélanges savants de substances caustiques, le duo expérimente, au-delà des étiquettes, au-delà des styles, créant ainsi sa propre voie afin de creuser toujours plus profondément dans les tréfonds de sa créature, étrange et difforme, colossale, mais éthérée. Parfois jazz, parfois hip-hop, parfois rock, souvent acide, mixant mélancolie douce et détente duveteuse, la musique développée par ce duo fractalise à n’en plus finir la moindre rythmique ; comme un verre qu’on briserait à l’infini pour à chaque fois, un peu plus, plonger l’auditeur dans une béate et idiote admiration. Vous pouvez me croire, on finit forcement par s’entailler les méninges sur cet opus, s’en délectant à chaque fois qu’on y retourne. La musique des Américains s’apparente à une drogue dure à la chimie dégueulasse, celle qui vous ravage irrésistiblement l’esprit, affûtant d’abord vos sens, faisant de vous un étrange surhomme, pour ensuite vous plonger violemment dans un engourdissement aliénant et visqueux propre à vous laisser coi face aux immenses espaces ouverts par ces inexplicables fracas, à grands coups de tronçonneuse mentale. 

Impossible de décrire autrement cet album tant il s’avère protéiforme, triturant la moindre influence au service d’une ambiance si étrangement nostalgique et donnant ainsi tout son sens à son intitulé, Out Of Time. L’auditeur est bel et bien perdu et Mamaleek n’appartient à aucune temporalité. Il vogue tel un fantôme d’un temps vers l’autre, sans contrainte et sans effort. En fin de compte, oubliez ce que vous venez de lire ! Mieux vaut écouter Mamaleek qu’essayer d’en parler ! On finira toujours par malencontreusement se vautrer en beauté en omettant tel ou tel aspect de leur musique. Chaque écoute révélant un peu plus les mystères qui entourent ces compositions, renvoyant constamment à des styles qui s’entrechoquent, se concurrencent et se contredisent. Ces quatorze titres vous réserveront chacun leurs petites surprises, leurs effets de style, pour créer un tout dense, mais toujours cohérent, qui demandera une bonne dose d’implication pour explorer chaque recoin de ce paysage sonore brisé et gorgé d’amertume. 

Label : http://theflenser.com/mamaleek-out-of-time/
Facebook : https://www.facebook.com/Mamaleek-140113912721719/?fref=mentions

Samuel

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