Live Report : Conan et Downfall of Gaïa

Après avoir ouvert sa saison 2017 avec une première date déjà bien grasse, en compagnie des Polonais de Belzebong, les gars de Noiser se sont dit qu’ils allaient remettre le couvert rapidement, histoire de battre le fer tant qu’il était encore chaud. Pour l’occasion, l’artillerie lourde est de sortie avec une brochette de groupes tout prêts à lâcher des kilotonnes de fuzz et des hectolitres de riffs pesants et crasseux sur la ville rose. Nous sommes donc le 20 mars, et c’est d’un pas hardi qu’en ce lundi tout gris je me suis rendu en plein cœur de Toulouse, dans la flamboyante salle du Rex, pour me faire motoculter les tympans jusqu’au bout de la nuit.  Au sommet de cette affiche, une tête maintenant bien connue. Les barbares de Liverpool sont à l’affiche, Conan, qu’on avait croisé pour la dernière fois dans nos contrées sudistes, il y a de ça 3 ans, sous le toit de la regrettée Dynamo. Pour accompagner le désormais mastodonte, rien de moins que Downfall Of Gaïa, venu nous présenter leur dernier album, à la sauce atmospheric-post-black-core-crusty-sludge (rayer la mention inutile). Ayant plutôt bien apprécié leur nouvel opus, j’attendais avec impatience de découvrir ce que les Allemands étaient capables d’envoyer une fois sur les planches. Enfin, cette tournée européenne se voit accompagnée de deux formations supplémentaires, inconnues pour moi jusqu’alors, High Fighter et Hark. 

High Fighter

Ce soir, pas de quart d’heure toulousain, quand c’est l’heure, c’est l’heure et à 19h30 pétantes le coup d’envoi est donné et ce sont les Allemands de High Fighter qui s’y collent. Le public est épars, pas grand monde devant la scène lorsque les premiers riffs se font entendre. Il faudra quelques minutes, et l’arrivée de la chanteuse, pour que la soirée commence vraiment. Avec son mix sludge/stoner, à la sonorité très rock’n’roll, High Fighter ne réinvente pas la roue, mais compense largement son manque d’originalité par l’énergie déployée sur les planches. Sans en faire des caisses, le groupe tient bien la scène à coup de riffs catchy et de sonorités heavy. On sent que les musiciens se donnent à fond et balancent une prestation plutôt convaincante. La frontwoman semble déborder d’énergie et propose un chant clair quasi omniprésent, et très en place, avec de temps à autre quelques variations, histoire de venir secouer la plèbe avec un petit peu de Phil McSorley, version femme, dans la voix. Quelques têtes bougent en rythme, ça tape du pied, ça applaudit et High Fighter aura délivré un set net et concis sans accros, mais sans surprises.  

Hark

 

Pas de temps mort ce soir, les changements de plateau se font à la vitesse de l’éclair. Le temps pour moi de sortir quelques minutes prendre l’air que les Gallois de Hark sont sur scène, et j’ai raté facile deux morceaux de ce live. Qu’importe, je m’avance dans la foule, déjà plus compacte, histoire de profiter un peu de ce que propose le groupe et, autant le dire de suite, ça n’aura pas été la révélation de l’année pour moi. Là où High Fighter avait pour lui le feeling rock’n’roll à papa, Hark se trouve être l’archétype absolu du groupe « metal » moderne avec tout ce que cela embarque comme clichés musicaux. Ça joue bien, c’est parfois un poil brouillon, le quatuor sait où il va et le frontman tient fermement la barre. Il y a du break, des riffs catchy, mais putain ce stoner metal, en mode Mastodon, avec en sus un solo sur quasiment chaque morceau, me fait vibrer autant que le dernier Nicki Minaj. Pas ma came, je passe mon tour.

Downfall Of Gaïa

Les groupes se suivent, mais ne se ressemblent pas. On enchaîne très vite sur le premier gros morceau de la soirée, qui n’est autre que Downfall Of Gaïa, et ce serait un véritable euphémisme de dire que l’ambiance change totalement en l’espace d’un court instant. Fumigènes à gogo, jeux de lumière épileptique, son de guitares noircies au charbon et batteur déchainé seront les mots d’ordre du set fulgurant que vomira le groupe sur la scène du Rex en ce lundi soir. Proposant en grande partie des titres du dernier opus, Downfall Of Gaïa est venu nous labourer les portugaises et, dans la bataille, on peinerait presque à reconnaitre certains morceaux tellement le groupe s’écrase sur scène avec un jeu autrement plus brutal que sur leur réalisation studio. Le feeling sludge, avec ses atmosphères poisseuses qui collent à l’épiderme, est définitivement là, mais c’est bien le démon black metal qui s’est emparé du quatuor ce soir. Celui-ci délivre un set carré, bruyant, intense, mais surtout ultra guerrier. Sur certains passages, la Scandinavie ne semble pas si loin, ça agresse, ça taille les chairs et on se demanderait presque où est passé Downfall Of Gaïa si le gros son de basse bien cradingue et les breaks barbares n’étaient pas là pour nous rappeler à l’ordre. Le mix fonctionne donc parfaitement en live et on redécouvre chaque morceau sous une lumière différente. Sur scène, on sent bien le groupe habité par sa musique, il n’en tombe cependant pas pour autant dans la démonstration caricaturale. Néanmoins, même si le passage d’un chant à l’autre se fait sans accrocs, on pourra regretter une sonorisation inégale durant le set. En effet, quelques difficultés sur l’un des micros m’ont empêché de profiter pleinement des parties de chants du bassiste, de même que certains toms de batterie qui mettront du temps à se faire entendre. Petits problèmes d’autant plus dommageables que le bonhomme derrière les fûts était dans une forme olympique, et nous en a mis plein la vue, enchainant des breaks tous plus épiques les uns que les autres. Entrecoupés ça et là de quelques instants purement atmosphériques, pendant lesquels le groupe se replonge entièrement dans les ambiances de ses albums, les Allemands feront feu de tout bois pendant toute la durée du concert sans jamais laisser retomber le soufflé. Moi qui craignais que le passage du studio au live n’alourdisse les compositions, et que Downfall Of Gaïa ne soit, au bout du compte, qu’un groupe de plus, bon sur album, chiant en live, j’en ressors finalement surpris et de la bonne manière. 

Conan

Après un changement de plateau un poil plus long, et un colloque improvisé dans les toilettes du Rex, voici venue l’heure du bon gros plat de résistance bien gras, featuring dessert double dose de diabète, pour bien se remplir la panse avant d’aller briser des têtes. Car, n’en déplaise aux hermétiques pur jus, Conan en live est une machine de guerre difficilement domptable, un véritable mammouth, en mode bulldozer, aux défenses des plus acérées, qui vous lacère la viande autant qu’il écrase des cranes. Un premier point à noter, et non des moindres pour ce genre de formation, le son est ultra puissant sans être stupidement agressif pour les oreilles. C’est lourd, c’est gras, mais c’est clair et sans bavure. Il y a du fuzz dans tous les sens, les cordes claquent comme des fouets et la batterie brise des nuques. L’entrée en matière dans cette mêlée se fait sans détour et les notes du morceau Throne Of Fire se font très rapidement entendre. En tournée pour promouvoir son dernier effort sorti l’an passé, Conan l’affirme, il a décidé de changer de rythme. On pouvait donc s’y attendre, sans trop jouer les étonnés, mais l’album Revengeance s’est clairement taillé la part du lion dans la setlist des Anglais qui nous assènent la quasi-totalité de ses nouveaux titres, et il faut reconnaitre que ces compositions sont des plus efficaces en live. Toujours au rayon des bons points, Jon Davis se la joue plus agressif qu’en studio avec des cris un poil plus écorchés qu’à l’accoutumée, et, côté vocalises, c’est plutôt la bonne surprise de ce live avec en sus la performance, tout en finesse, du bassiste sur les parties plus graves. En plus du travail sur le chant, les nouveautés sont surtout à chercher du côté de l’immanquable Rich Lewis qui, déjà sur l’album Revengeance, proposait un jeu beaucoup plus fouillé et intéressant que son prédécesseur. Mais, encore une fois, c’est bien en live que les choses se passent avec Conan et on se rend très rapidement compte que le nouveau batteur n’est absolument pas là pour faire de la figuration. La rythmique en est toute chamboulée et les compositions, même si toujours cantonnées de près ou de loin à un doom pachydermique en mode bas du front, en deviennent beaucoup plus « dynamiques ». Alors oui, certains regretteront forcement l’époque Horseback Battle Hammer ou Monnos, avec ses lives en mode nihiliste, casquettes et capuches, têtes baissées, pas un mot au public et une finesse musicale qui frise le zéro absolu. Malheureusement, ou heureusement pour d’autres, l’essence de ce concept semble avoir fait son temps pour son géniteur et c’est un Jon Davis cheveux au vent et voix fluette qui remercie, entre chaque morceau, une salle en mode surchauffe qui compte son lot de disciples braillards voués au culte d’un Conan barbare, mais suffisamment lucide pour s’être remis en question juste ce qu’il faut. Nous n’aurons donc pas droit au terrible Krull, mais les douces notes de Satsumo se feront quand même entendre. Malgré quelques petits crochets par ses anciens opus, Conan mène bel est bien une nouvelle bataille et laissera forcement quelque hard fan de la première heure sur le carreau. Cela étant, c’est repu et le sourire aux lèvres que je ressors de cette heure presque trop courte de vrombissements tonitruants à vous faire plier en deux n’importe quel tympan mal dégrossi. 
Cette date proposée par Noiser a, dans l’ensemble, tenu toutes ses promesses. En dehors des goûts propres de chacun, on ne relèvera que très peu de fausses notes, quelques bonnes surprises et un son quasi au diapason sur toute la longueur, bravo et merci.

Samuel

         

 

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