Live report Batushka & Black March le 27/09/18 au Metronum

Le phénomène Batushka était donc de passage pour donner une de leurs fameuses messes le 27 septembre dernier, entre les murs du Metronum. Date marquante pour tout bon amateur de black metal, tant la région toulousaine semble touchée par une profonde famine de concerts mettant à l’honneur ce style si charmant. Et si cette raison ne semblait pas suffisante, cette date était d’autant plus incontournable pour tout bon supporteur de la scène locale, car, les Polonais débarquant seuls en capitale occitane, ce sont les Toulousains de Black March qui sont montés au créneau pour assurer la première partie de cette courte date proposée par SPM Prod, en partenariat avec Garmonbozia.

BLACK MARCH
Avec seulement deux groupes sur l’affiche, la soirée n’a pas mis bien longtemps à démarrer à la suite de l’ouverture des portes du Metronum au public. Le temps pour moi, d’attraper une pression au bar, que les premières notes, sonnant l’entrée en lice de la « Marche Noire », se faisaient déjà entendre devant un parterre plus que bien rempli. Ce n’est qu’une fois ce prologue symphonique terminé, que les Toulousains de Black March ont pris d’assaut la scène pour déclarer sans plus d’atermoiement une guerre totale au public du Metronum, et quelle guerre ! En l’espace d’un demi-morceau, le temps, pour l’ingé son, de régler au détour d’un break, une grosse caisse un poil trop synthétique, le quintet a su déployer son arsenal et prendre une envergure digne de ses aînés, emportant en quelques instants toute la salle avec lui. Fort d’une motivation sans faille, les Toulousains ont imposé leur black metal, tout droit inspiré de groupe comme Marduk, époque Those Of The Unlight et Opus Nocturne, et autres Dissection, vomissant leurs morceaux sur un tempo dévastateur, mais toujours juste, entrecoupé par moment d’interludes bienvenus. Ainsi, les minutes se sont enchaînées les unes après les autres sans qu’on s’en rende vraiment compte, les blasts et les mid-tempos, venant alternativement écraser les tympans d’une audience qui semblait absolument conquise par le set impeccable qu’ont délivré les Toulousains ce soir et qui ont su déployer une énergie tout simplement monstrueuse. Au milieu du charnier, on pourrait éventuellement regretter les rares déséquilibres lors de certains leads de guitares, mais rien de préjudiciable tant le rendu sonore et visuel de cette première partie, qui n’a jamais semblé en être une, est venu complètement souffler ces quelques imperfections techniques. Les Toulousains sont bel et bien en marche, une marche sanglante et furieuse, et ce soir ils l’ont littéralement vomi à la face du Metronum. 

BATUSHKA
S’il existait un concours décernant un prix pour les changements de plateau les plus longs, nul doute que Batushka finirait régulièrement dans le trio de tête. Quoi de plus normal lorsque la scénographie d’un live est à ce point millimétrée ? Fort heureusement pour nous ce soir, la durée de la transition fut somme toute raisonnable, on ne se souviendra donc pas de cette date pour ce genre d’exploit. Avant de rentrer dans le vif du sujet, pour toi, candide lecteur de Superflux qui ne connaîtrait pas ce groupe aujourd’hui presque incontournable de la scène black metal dite « orthodoxe », une petite piqure de rappel s’impose. Batushka, qu’est-ce donc ? C’est tout d’abord une jeune formation qui nous arrive tout droit de Pologne et qui, fort d’un premier album, sobrement intitulé Litourgiya, s’est vu propulsée en haut de l’affiche plus vite qu’il n’en a fallu à Aznavour pour casser sa pipe. Batushka, c’est du black metal simple, mais aux mélodies et aux rythmiques accrocheuses et efficaces, suffisamment universelles et sombres pour plaire à un large public. Avec en sus la petite touche d’originalité et de fraîcheur qu’apporte le mariage du black metal avec des chants religieux typiques du christianisme orthodoxe. Batushka, c’est un concept, condensé dans un seul et unique album. Huit morceaux répétés à l’infini sur une tournée qui dure depuis bientôt 3 ans, accompagnés d’une ribambelle de semi-remorques remplis à ras bord de T-shirts, de jeux de lumières sensationnels noyant la scène de lueurs rouges et jaunes, de plusieurs tonnes de bougies toutes calibrées pour ne s’éteindre qu’à la fin du set et, à coup sûr, d’un pressing mobile pour nettoyer sticharion et autres vêtements liturgiques brodés de crânes et de croix renversées. Un live de Batushka c’est une véritable messe donnée dans les règles de l’art. Chaque détail y est tiré au poil de cul et, durant celle-ci, les officiants sont parfaitement stoïques, à l’exception des chœurs, qui passeront alternativement de la station assise à la station debout, et du frontman, qui se baladera, de ci, de là, autour de son pupitre. Trouvant ainsi, à quelques rares occasions, le moyen d’haranguer un public parfaitement à l’écoute, dont on pourrait être presque fier, tant aucun slam n’a été tenté durant ces 45 minutes de live. Gaudriole mise de côté, s’il y a, à n’en pas douter, une caractéristique qu’on ne peut enlever aux Polonais c’est bien la qualité de leurs prestations et l’aspect hypnotique de celles-ci. À condition, évidemment, d’être sensible au concept d’un groupe d’encapuchonnés sectaires qui ne bougent pratiquement pas sur scène. Pour ce qui est de cette soirée, le son a été parfait, quasiment tout le long du set. L’équilibre entre la batterie, les cordes, le chant hurlé et les chœurs n’a souffert d’aucune imperfection, chaque titre a été admirablement exécuté et ils se sont tous enchaînés les uns après les autres dans une rigueur et une grandiloquence proprement religieuse. Batushka a une nouvelle fois tenu son rôle de liturge à la perfection, alliant puissance métallique et ferveur mystique, faisant résonner ses psalmodies aux oreilles d’un public ayant rempli à ras bord la salle du Metronum. 
Néanmoins, ce live n’étant pas ma première expérience avec le groupe polonais, mon avis en est forcément quelque peu biaisé et, en fin de compte, la prestation de Batushka vaut surtout pour ses aspects visuels et sonores parfaitement impeccables. La formation donnant peu ou prou la même messe dans chacune des villes que traverse sa tournée, celles-ci sont malheureusement quelque peu dépourvues d’originalité vis-à-vis de ce que propose le groupe sur son album, chaque nouveau live n’étant finalement qu’une copie carbone de leur enregistrement studio. Malgré ce manque de singularité de la part de Batushka, cette soirée fut l’occasion pour beaucoup de découvrir et de profiter de l’irréprochable spectacle live des Polonais et d’être témoin de l’impressionnante montée en puissance des Toulousains de Black March, une date comme on aimerait en avoir plus souvent.

Samuel

 

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