Hypnopazuzu - Create Christ, sailor boy

Si David Tibet a marqué les musiques industrielles, apo-folk et folk de son aura mystique depuis le début des années 80, il a aussi toujours su s'entourer des producteurs et musiciens donnant à ses paroles et à sa voix unique le meilleur des écrins. Si son début de carrière est très marqué par la patte de Steven Stapleton de Nurse with wound en quantité, on se souvient surtout du glaçant et fondateur Nature unveiled (1984), collaboration avec Martin Youth Glover, un des fondateurs de Killing Joke. L'album possédait une aura malsaine unique, une mystique glauque dans les sonorités et une noirceur indus old school palpable. Plus de trente ans plus tard, et après quantité de chefs d’œuvre (Thunder Perfect mind, All the pretty little horses, Sleep has his house) dans un créneau bien plus personnel, Tibet ayant ouvert la voie de la dark folk, sur des sonorités ambiant, on retrouve la collaboration entre Youth et Tibet sur un nouveau projet baptisé Hypnopazuzu.

David Tibet errait ces dernières années, et ce depuis Black ships ate the sky (2006) dans une ambiance beaucoup plus feutrée et classique, à base de morceaux folk, de morceaux au piano, voire d'ambiances plus rock/doomy sur Aleph at hallucinatory mountain, mettant en avant ses talents de parolier et de chanteur. Sa voix était certes toujours aussi hallucinée (et je ne parle pas des paroles, souvent impossibles à suivre de par la teneur religieuse et incantatoire des pièces) mais elle avait gagné en qualité et en variations ce qu'elle avait perdu en âpreté et en tonalité vindicatives.

Étonnante surprise donc en 2016 que de retrouver Tibet livré à lui même sur les productions synthétiques et purement analogiques de Youth, s'échappant du carcan piano/voix dans lequel Tibet s'était embourbé et redonnant un souffle industriel vindicatif à sa musique. Libéré, Tibet semble l'être en retrouvant un état de forme olympique à glacer le sang autour de ses prêches et imprécations qui n'ont jamais semblé aussi naturels depuis un très long moment. Create christ, sailor boy est un dialogue de la machine et de l'humain, au travers d'incantations en tous genres, proposant quelques rares accalmies plus ethniques (Maggog at the maypole), morceaux où Tibet permet de se reposer de pièces d'une rare agressivité (Christmas with the channelers).

Un nouveau nom de projet bienheureux donc, qui permet à Tibet de donner un nouveau souffle à ses propres habitudes en renouant avec une collaboration passée fondatrice et de créer un disque d'une rare intensité. Si on repense à ces photos de Tibet  dans sa piscine sur un canard en plastique, c'est aujourd'hui un tout autre visage que nous présentent les deux gaziers, plein de sérieux, de mélancolie, parfois de violence, avec des nuances graves (Sweet sodom singsongs) et une ambiance presque martiale dans la construction.

Le tout est proposé dans un artwork des plus magnifiques, avec un insert de type « psaume » contenant les paroles, toujours aussi cryptiques et mystiques, par la maison de disques House of mythology basée à Londres. Après des retrouvailles aussi concluantes, il nous reste à espérer qu'ils n'attendront pas trente ans pour remettre le couvert.

Bertrand

Artiste : Hypnopazuzu
Album : Create christ, sailor boy
Sorti en septembre 2016 chez House of mythology (http://houseofmythology.com/)

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