Hairy beasts : deux soirs aux Pavillons Sauvages.

Hairy beasts : deux soirs aux Pavillons Sauvages.

Ten Year Winter/Tiny Tramp/Artus/ France

Jamais nos oreilles ne se laisseront domestiquer tant que ces sauvages pavillons nous offriront le luxe de traîner un peu tard le soir dans un quartier résidentiel pour échapper à tout jamais à la triste standardisation sonore qui nous guette.
En alerte, aux aguets, écoutilles ouvertes sur une mer démontée de bruit fracassant, on titube sur le parquet mouvant de cette salle précieuse dans notre paysage, et ce n'est pas seulement pour s'être trop attardé au bar avant le spectacle.

Une soirée bruitiste, tendance indus minimale, musique de crise, de fermeture d'usines et de récupération d'objets métalliques de toute sorte. A Ten Year Winter conjugue batterie et machines dans une sobriété bienvenue pour nous embarquer gentiment mais fermement vers les horizons inattendus ouverts par Tiny Tramp, solitaire explorateur venu de Jérusalem, ville impossible dont on sent bien qu'elle nourrit une inspiration chaotique et profonde. Sur les rives de ce noise-punk-indus expérimental débarque sans crier gare une reprise de Tom Waits naviguant sur un harmonica déchiré  ; Mary Poppins post-apo, ce vagabond tatoué trimballe dans sa valise à bruits ressorts,micros contact ainsi qu' une petite scie égoïne. Un bricolage métaphysique propre à bousculer les tympans en quête de sens sonore.
La même délirante boussole oriente le lendemain vers un Nord toujours plus hypothétique l'exploration de continents musicaux d'audience certes plus large, mais pas moins exigeante. Autour d'une hypnotique vielle à roue, France enroule son impeccable transe : batterie implacable, basse diabolique, rien n'est épargné à nos oreilles ravies, aucune merveille n'échappe à ce maëlstrom de vibrations acoustiques qui pourrait ne jamais cesser. Un délicieux et perturbant K.O. debout dont la puissance déborde l'achèvement même.
A la source de la tradition prend aussi naissance la puissance d'Artus : vielle, violon, tambourin à cordes et voix tissent avec rage et virtuosité la toile rêche dans laquelle s'enveloppe une danse de l'Ours brutale et complexe. La dissonance sophistiquée d'une guitare quasi new-yorkaise appuyée sur des jeux percussifs décalés, la puissance sans chichis de la batterie, et une basse impériale, grandiose et essentielle creusent l'épaisseur d'une matière sonore aux racines profondes. Voix d'archaïques mélopées explorant l'extrême pointe d'une modernité toujours questionnée, le chant de l'ours fait danser la terre.

Anna

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