Gojira - Magma

Taillons dans le lard. Gojira est probablement LE groupe français de métal qui s'est le plus exporté aux Etats-Unis. Gojira est LE groupe français qui a signé sur Roadrunner records (label ô combien émérite qui a signé les noms les plus respectables en leur temps, fait un max de biftons dessus et on atterrit avec Sepultura, Machine Head, Type O Negative et j'en passe).  Une énigme vu le peu de public galvanisé par la scène métal en France. Les matheux pourront résoudre l'équation rapidement en notant le fait qu'ils ont été choisis par le passé pour ouvrir pour Metallica.

Cela nous fait beaucoup de points et d'interrogations déjà sur pourquoi parler du dernier album d'une machine de guerre sur SuperFlux. C'est bien simple. Gojira est un des groupes que j'ai toujours énormément respectés. Déjà, on a grandi avec le culte et indispensable Terra incognita (2001), aux confins du death, du progressif et d'une extrême technicité au service d'une émotion et d'une cohérence palpable. La suite, c'est une success story landaise. Deux frères, Joe (guitare/chant) et Mario (batterie) gravissent les échelons de la reconnaissance au forceps de concerts en métropole, de compositions tiroirs jamais m'as tu vu, d'une conscience politique qui est leur et d'une vision de la musique jusqu'au-boutiste sans précédent.

Nous sommes donc en 2016. L'eau a coulé sous les ponts, les albums et les tournées aussi. Gojira n'a plus à assumer ni à s'assumer. Techniquement, ils ont toujours été au dessus (notamment la batterie de Mario, qui est probablement la chose la plus déshumanisée et juste que le métal a crée depuis Meshuggah). Gojira est passé par toutes les étapes d'une carrière. Gojira a vieilli et a grandi. Gojira a continué a créer.

Le plus bluffant, au delà de ces constatations creuses, c'est que Gojira n'a cessée d'avancer. Leur mixture sur Magma est plus limpide que jamais. On se souvient de la sortie de From Mars to Sirius (2005) et de l'impact mélodique qu'avait pu engendrer cet album. L'essai brutal qu'était The Link (2003) avait été plus que transformé, il avait été sublimé.

Le plus bluffant chez Gojira c'est que les frêres Duplantier, mis à part leur talent indéniable, sont des gamins passionnés qui ont réalisé leur rêve:jouer avec leurs aînés et idoles, et continuer à vivre de leurs créations. Gojira est une bande de bosseurs de l'extrême. Gojira sont les UMP'istes du beau. Travailler plus pour créer plus. On a beau pas forcément s'émouvoir de pas mal de moments dans leur carrière, ne pas forcément s'émouvoir sur le métal en général, il est évident que ces gaziers représentent un peu tout ce que l'on aimerait être/devenir. A base de labeur et de beaucoup d'ambitions, ils ont forgé leur son et leurs envies avec leur talent.

Magma du coup, c'est un peu la synthèse corrigée de leur carrière. Ceux qui aimaient déjà seront probablement conquis (sauf les sceptiques, cette race ignoble capable de remettre en questions leurs origines). Ceux qui doutaient comprendront enfin qu'il ne faut pas. Ceux qui découvrent se retrouveront happés par le disque. Magma synthétise les velléités progressives et métalliques que le groupe recherchait sur les sinueux Terra Incognita (2001) et L'enfant Sauvage (2012). Magma est plus condensé (un seul LP au lieu des doubles LP fleuves de L'enfant Sauvage) mais bien plus aventureux au final. Magma doit autant au techno death de leurs origines qu'au métal deluxe de leurs rêves qu'au métal progressif de Devin Townsend voire Tool de leurs fantasmes.

Il est bien possible de ne pas apprécier l'album en soi, d'y rester probablement indifférent. Il est par contre impossible de ne pas respecter le parcours sans faille de ces prodiges. Remercions les pour leur intégrité artistique.

Bertrand

Artiste : Gojira
Album : Magma
Sortie : 2016 chez Roadrunner Records
Genre : Métal alliant la grâce et la virtuosité.
http://www.gojira-music.com/

 

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