Fight the Fight/Suicidal Angels/Satyricon@LeMetronum Toulouse

Après les deux chroniques du dernier disque en date de Satyricon, Deep Calleth Upon Deep, SuperFlux propose une chronique collaborative de ses deux envoyés au concert du groupe, au Métronum le 2 octobre.

Absence

Samuel: Satyricon ça n’est pas tellement le genre de groupe qu’on voit programmé tous les quatre matins, hors des sentiers enneigés de la Norvège. Encore moins en province et encore moins au cœur de la capitale occitane (à quand l’indépendance ?). Fort d’un nouvel album, tout juste sorti, le duo maintenant légendaire se fend donc d’une longue tournée et nous fait le plaisir de venir poser ses guêtres chez les gars du sud. Pour une fois qu’on n’a pas à faire des centaines de bornes pour les voir, on les en remercie déjà grandement et on remercie aussi au passage toute l’équipe de SPM qui nous programme cette sémillante date.
Cela étant, bien que très alléchante, par le potentiel de sa tête d’affiche, cette date, que dis-je ? cette tournée !!  n’est clairement pas portée par un plateau exceptionnel. En effet, Satyricon se voit accompagné, tout au long de son roadtrip, par deux formations. D’abord, leurs jeunes et fringants compatriotes de Fight The Fight, suivis des moins jeunes et moins norvégiens (grecs en l’occurrence) Suicidal Angels. Et là, on aurait pu se dire « C’est trop top, enfin une date un peu éclectique ! Du metalcore, du thrash et du black dans la même soirée, il y en aura pour tous les goûts ! (hihi)», d’autant plus que, de son côté, la musique de Satyricon s’est vue métisser sans  mesure sur leur dernier opus. Mais, vous l’aurez vite compris, ceci n’est qu’une utopie, bien naïve, qui n’a clairement pas pris forme en ce lundi 2 octobre. C’est donc sciemment que je n’ai foulé l’entrée du Metronum qu’à l’heure tardive de 19h40, parce que d’une : Frank Herbert (wink wink), de deux : commencer un concert à 19h, c’est bien trop tôt (je plains nos coreligionnaires d’outre-Manche), de trois : il fallait bien manger, de quatre : les bouchons, j’habite pas dans le centre moi, de cinq : par principe, on attend les copains et de six : j’étais pas venu ici pour souffrir, ok ? Bref, j’ai donc malencontreusement raté le set de Fight The Fight, désolé pour eux et tant mieux pour leurs fans qui étaient là et qui ont, je l’espère, pris leur pied. Pour ma part, je n’aime juste pas ce qu’ils font, les goûts, les couleurs et tout un tas d’autres justifications plus ou moins objectives, avec par exemple le très connu « C’est d’la merde » ou le plus tête à claques, mais politiquement correct « Nooonnn, c’est pas ma came ».

Bertrand : Etant de boom à 19h, je n'ai pas pu commencer le concert à l'heure pour découvrir ce qu'avait à proposer Fight the Fight. Le Métronum semble vouloir permettre à tout le monde de ne pas partir des lieux trop tard pour prendre le métro à temps, et c'est tout à son honneur. Il est quand même dommage de commencer la soirée à l'heure où le riz n'était pas encore cuit.

Arrivée

Samuel : bref, passons de suite à la suite (vocabulaire, quand tu me tiens) de la soirée et, en l’occurrence, le début de la mienne, avec les thrasheur thrashisant (double hit combo) de Suicidal Angels. Alors, alors, alors, alors… déjà, le trash, c’est « un peu plus ma came » comme dirait l’autre, bien que ce ne soit pas non plus un style que j’affectionne outre mesure. Pour rester dans la thématique de cette soirée, sachez donc que je préfère m’envoyer goulûment et sans discontinuer l’album The Shadowthrone de Satyricon plutôt que toute la discographie réunie de Slayer. Triste ? Je sais, mais c’est ainsi. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas Slayer qui joue ce soir, mais un de ses innombrables émules et c’est bien là que le bât blesse. Monte donc sur scène le quatuor grec de Suicidal Angels, tout de thrash vêtu, qui va nous avoiner l’espace de 40 minutes et qui finira malencontreusement par distordre le temps pour un set qui me semblera durer une éternité. Pourquoi une éternité ? Entre les riffs et structures pompés à droite à gauche, des compositions entendues des milliards de fois et pas bien inspirées, un son qui manque de pêche et un chanteur qui galère sur sa guitare, on est tout de même en droit de se demander s’il n’y avait pas un truc vaguement mieux que ça à se mettre sous la dent pour une telle tournée. Néanmoins, le tableau n’est pas totalement noir pour les Suicidal Angels, ça joue quand même pas mal du tout, à quelques exceptions près (et Dieu merci) les morceaux sont courts et rentre-dedans, le guitariste soliste fait un super boulot et certain soli sont même plutôt très bons. De plus, et malgré un public clairsemé et pas bien jouasse en début de soirée, ils tenteront tant bien que mal de faire le show, et ce de la première à la dernière minute de leur set. Aussi dynamiques et enthousiastes que de jeunes cadres tout fraîchement embauchés par la start-up du coin, ils finiront même par arriver à ce que les aficionados du trash et tous les mecs, et filles (égalité, égalité !), susceptibles de pogoter sur tout et n’importe quoi, se sortent légèrement les doigts pour renvoyer un peu d’énergie vers le quatuor. Qui, malgré son manque terrible d’originalité, garde pour lui son ardeur et sa détermination à faire de son set un moment cool, parce que le trash c’est cool, parait-il.

Bertrand : Je suivais donc les traces de mon collègue en arrivant sur place pour le show de Suicidal Angels. Comme me l'a fait remarquer mon illustre rédac chef, rien qu'au nom on pouvait savoir ce  que l'on allait écouter. Angel of death, Death Angel, Mandatory Suicide, visuels de type originaux (sic!) à la clé. J'adore Slayer. Je considère ce groupe comme indispensable dans l'évolution de la musique métal. Je respecte énormément leur parcours discographique, leurs différentes mutations et leur absence d'évolution constante, comme une bête avançant en marche arrière mais allant toujours plus vite que ses contemporains. Je considère Slayer comme le groupe qui a créé une vague de métal inspirée par les scènes extrêmes et coreuses. Concrètement, je conchie probablement tout le métalcore qu'ils ont pu engendrer, mais chez eux la grâce a selon moi toujours touché le combo, entre beauferie purement américaine rétrograde et lyrisme alchimique et énergisant unique.
La limite est donc fébrile entre qualité et abjection.
J'aime aussi énormément Sepultura des débuts, pré Roots donc. Ceux qui ne me suivent pas pourront écouter Desperate Cry et se flageller le reste de la journée.
Suicidal Angels partage ces goûts là. Malheureusement, cela ne suffit pas à m'en secouer une à l'écoute de leur set. On aurait probablement plutôt dû partager un verre en écoutant nos classiques, cela se serait mieux passé. Les poncifs sont enchaînés, sans réelle verve, on ne perd jamais de vue le départ et on a déjà en tête l'arrivée. Surprise et Thrash(core) ne sont certes pas les meilleurs amis du monde, mais je vous laisse éplucher le Christ Illusion de 2006 pour vous rendre compte que Slayer sait s'évader de ses propres poncifs pour mieux les embrasser.
Suicidal Angels était donc plein de volonté, et c'est tout à leur honneur, mais la qualité intrinsèque du contenu ne suivait malheureusement pas et le public les ayant boudés partiellement, ils n'ont pas pu mettre à sang et de manière festive la salle comme ils le souhaitaient.

L'hydre à deux têtes :

Samuel : Les Anges Suicidaires redescendant à présent sur le plancher des vaches, c’est pour nous l’heure de sortir prendre un peu l'air, de rigoler avec les copains, parce que les copains c’est la vie et le temps d’un changement de plateau plus rapide que l’éclair, voici venir sur scène l’étrange animal qu’est devenu Satyricon. Certain nous le rabâche copieusement depuis des années, « Satyricon, c’était mieux avant », « Depuis Rebel Extravaganza c’est d’la merde !», « C’est des vendus !», « Truc de gothopoufs » ou encore « Je préférerai sucer Kvarforth », j’en passe et des meilleures, mais pas de ça ici, c’est trop facile, pas chez Superflux !! Alors oui, j’ai bien aimé ce dernier album, oui, je trouve The Age Of  Nero profondément inutile, oui The Shadowthrone est mon opus préféré de ce duo devenu une légende du black metal. Alors en 2017, en live, ça donne quoi Satyricon ? Dans l’ensemble ça donne bien, ça donne beaucoup, c’est généreux et on rentre de suite dans le vif du sujet avec, en guise d’introduction, le titre Midnight Serpent et je dois dire que les morceaux du nouvel album passent plutôt très bien en live. Qu’ils soient bien directs, comme celui-ci, ou plus atmosphériques, comme le titre To Your Brethern In The Dark, les ambiances de ces derniers sont plutôt très bien maîtrisées et viennent apporter à ce live une dynamique toute particulière qui, à mon sens, manquait cruellement à la discographie récente du groupe. Dynamique qui viendra malheureusement se casser à chaque fois les dents sur les quelques titres tirés de l’album The Age Of Nero, que ce soit Black Crow On A Tombstone ou le très mauvais Commando. Alors oui j’ai un très gros problème avec cet opus, mais là j’ai envie de dire non ! Non, non et non ! Y’en a marre, mettez-moi cet album à la retraite, ces morceaux sont pénibles et cassent littéralement l’ambiance. Virez-moi ça, quitte à jouer plus de titres de Satyricon, qui eux, pour le coup, passent plutôt très bien l’expérience du live. Ou, encore mieux, des vieilleries. Parce qu’on a beau dire, c’est bien là que Satyricon est le meilleur et c’est avec des titres comme le très rampant Repined Bastard Nation ou l’indéboulonnable Mother North que le groupe met tout le monde d’accord. Et, même si les quelques ralentissements d’un Frost, à la batterie « sur-trigger », et le manque de puissance d’un Satyr qu’on sent par moment un poil fatigué, peuvent parfois faire regretter cette époque bénie où Satyricon se faisait beaucoup plus black que simplement métal, il n’en reste pas moins que le groupe ne se départira à aucun moment d’une puissance tonitruante. Satyr, au look très black’n’roll, sachant parfaitement bien comment tenir une scène et galvaniser un public, pourrait sans problème se présenter seul sur les planches et nous envoyer au moins autant de rêve que le groupe au complet. Le show est sobre, organique et, malgré quelques creux, magistralement irrésistible. Dans l’absolu, j’aurai tout de même bien aimé une setlist un poil différente, un peu moins de ceci, beaucoup plus de cela, néanmoins le boulot est fait et bien fait. Je n’en ressors pas comblé, entre un plateau bien bancal et un Satyricon un poil vieillissant ça tenait du miracle, mais, j’en ressors heureux. Heureux d’avoir vu un groupe qui se fait rare dans nos contrées et qu’on ne reverra peut-être pas de si tôt et surtout, heureux d’avoir vu un groupe généreux et puissant qui, mine de rien, distribue une chiée de morceaux qui vous claquent à la gueule avec toute l’intensité qui va avec et sans jamais donner l’impression de snober son public. Pour ça je leur dis merci, parce que ça fait du bien de temps en temps de voir autre chose qu’un groupe de black métal stoïque dans lequel chaque membre se trimballe h24 avec une cagoule sur la tête.

Bertrand : On tient d'abord à remercier le Métronum et SPM prod pour nous avoir fait l'honneur de faire venir les légendes norvégiennes dans notre ville. Satyricon a grandi, évolué et fait muter sa musique au fil des années pour devenir unique. Ce groupe de black fondateur (Dark Medieval Times en 1993 et The Shadowthrone en 1994) s'écarte des carcans et poncifs du genre avec tout d'abord le tubesque et immortel Nemesis Divina (1996), composé à l'aide des deux larrons de Darkthrone, puis avec l'ovni urbain et industriel inoubliable qu'est Rebel Extravaganza (1999). Le groupe entre alors dans une nouvelle ère, et dans un nouveau millénaire, n'ayant que faire de leur horde de fans leur réclamant la suite de leurs premiers amours. C'est en 2002 avec Volcano que le groupe enterre définitivement son public trop étriqué pour lancer le duo (appuyé sur scène par d'autres musiciens, bien entendu) vers une voie plus thrash, plus rock-n-roll, plus tubesque, plus riffesque, plus mastoc, plus punk. Ils créent à partir de cet album le son qu'ils auront travaillé et rendu malléable sur les albums suivants, en faisant évoluer leur son unique à leur guise, comme une argile protéiforme. Satyricon est depuis Volcano cette machine de guerre écrasante, alignant les tubes et hymnes, et rasant tout sur leurs tournées.

C'est donc en 2017, avec l'excellent Deep Calleth Upon Deepth (je vous invite à lire nos deux chroniques ici et ici) que Satyricon vient rendre visite à notre ville rose pour défendre leur nouvelle mouture. Comme je l'ai indiqué, les deux diables sont accompagnés sur scène par guitaristes, bassiste et un monsieur « effet, chœurs et interludes en tous genres ». C'est pourtant les fondateurs du duo qui imposent leur prestance, tout d'abord (et je plagierais la remarque de Z., une amie) Satyr en mode cheveux courts et veste en cuir, rappelant étrangement l'agent Dale Cooper de Twin Peaks  et sa voix pesante ne s'offrant aucune pause tout en exhortant le public à se déchaîner ; puis le sec et tentaculesque Frost, qui impose son jeu démentiel en tapant aussi fort que vite, se pliant aux passages les plus doomy comme en survolant les passages les plus rapides. Le jeu de Frost laisse clairement sans voix lorsqu'on voit la bête en action.

Au niveau setlist, Satyricon suit sa volonté de discréditer ses deux premiers albums. Il m'avait semblé lire que Satyr n'était plus trop en phase avec les paroles des deux premiers disques et n'avait pas trop envie de retomber dans une jeunesse qui semble bien loin de son incarnation actuelle (il n'était pas majeur lors de la composition de Dark Medieval Times). C'est donc sans surprise que les morceaux de ce soir se situeront chronologiquement entre Nemesis Divina et le dernier disque. De mon côté, je comprends le choix du groupe de centrer sa setlist sur la période post Volcano en majorité (si l'on met à part l'indispensable tube Mother North et l'intro ambiant Transcendantal de Nemesis Divina au final). Ce qui me chagrine reste l'absence totale du chef d’œuvre qu'est Rebel Extravaganza, vu à quel point j'aurais aimé tâter live le son urbain et déjanté unique de ce disque d'une modernité intemporelle.

Pour le reste, rien à redire, les morceaux cultes font leur effet coup de poing avec une puissance meurtrière (Repined Bastard NationFuel for Hatred, Now Diabolical, KING) à se cogner la tête contre le sol et les morceaux plus mid tempo dégagent l'effet malsain escompté (Our World it Rumbles, To your Breathern in the Dark). La cerise sur le gâteau reste la découverte des nouveaux morceaux tortueux du dernier album en live qui sonnent encore plus aventureux et à tiroirs que sur galette. Le combo nous perd au fil des alternances avalanche de riff/blast et enchevêtrements de textures malsaines. Ressort donc un constat évident : Deep Calleth Upon Deep est un album sinueux, composé, un album où le groupe a conservé toute sa puissance de motoculteur tubesque en y ajoutant des strates de lecture. En concert, ce sont ces morceaux-là qui mettent encore plus KO, laissant rêveurs.

On l'avait compris, Satyricon est loin d'avoir arrêté sa recherche alchimique de son. C'est une œuvre puissante qu'ils construisent en tâtonnant au fil des albums, en conservant les avancées faites sur chaque disque. C'est surtout ce soir là au Métronum, en se prenant la nouvelle en mode mornifle sans gants que l'on a compris que le groupe était allé vraiment très loin dans sa façon de renouveler ce son unique qu'ils ont créé. Si Satyricon n'est plus ce diamant noir de jeunesse, c'est l'alliance entre immédiateté et joie punk’n-roll encore plus jouissive en live mais surtout  la complexité et le côté labyrinthique des compositions qui fait un bien fou. Un live revigorant et indispensable. Longue vie !

Samuel et Bertrand

Setlist Satyricon :
1. Midnight Serpent
2. Our World, It Rumbles Tonight
3. Black Crow on a Tombstone
4. Deep Calleth Upon Deep
5. Walker Upon the Wind
6. Repined Bastard Nation
7. Commando
8. Now,Diabolical
9. To Your Brethern in the Dark
10. Blood Cracks Open the Ground
11. Transcendental Requiem of Slaves
12. Mother North
Encore :
13. The Pentagram Burns
14. Fuel for Hatred
Encore 2:
15. K.I.N.G

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