David Bowie - Blackstar

Album atypique à plus d'un titre, Blackstar contredit le précédent The next day, qui voyait Bowie revisiter son propre patrimoine avec plus ou moins de bonheur. Ici, au contraire, l'artiste s'est retranché de son propre mythe pour accoucher d'une œuvre au noir, sobre et d'une pureté assez bouleversante. Revenu à ses amours de jeunesse pour le jazz, il a réuni le quartette du saxophoniste Donny McCaslin dans une formation vouée à un rock hybride, expérimental et parfois semi-improvisé. Aucune concession commerciale pour un disque exigeant, techniquement virtuose mais qui risque de froisser les oreilles des puristes new wave du Thin White Duke. Ramassé dans la forme (41 minutes pour 7 morceaux au total) comme dans le propos, Blackstar bannit les effets de production trop ostensibles qui avaient parfois marqué les œuvres des années 80 / 90. Plus d'artifices ou de gadgets. Bowie vise l'essentiel.

Un curieux album, en vérité, qui recycle deux morceaux issus de projets antérieurs (une collaboration avec le Maria Schneider Orchestra et la comédie musicale Lazarus) et dont chaque chanson semble suivre un chemin solitaire. De la sublime suite progressive du morceau-titre à l'échappée électronique de I can't give everything away, en passant par la déambulation claustrophobe de Girls love me, peut-être son plus beau titre, il tisse une atmosphère lunaire et désenchantée proche de l'effacement pur et simple, écrin ciselé pour des textes à l'émotion poignante, entre autobiographie sans fard et constat désabusé sur l'état du monde. A l'exception d'un 'Tis a pity she was a whore où, comme le Brel de 1977, Bowie défie la maladie en brandissant une vulgarité un peu vaine, le reste fait profil bas, habité par la conscience de la fin. On pense à Scott Walker, un grain de folie en moins, mais aussi au King Crimson de la grande époque (dont le titre du disque ainsi que le design de la pochette fait directement référence au Starless and bible black). Une œuvre inachevée, comme le dit lui-même Tony Visconti ? Peut-être, mais de cet inachèvement qui le rend plus nécessaire encore, essentiel même, car c'est celui de toute vie qui s'éteint. Avec cet ultime opus, celui qui fut l'un des derniers géants du rock n'a pas fini de hanter nos mémoires. Une étoile noire au-dessus de nous.

Sébastien Gayraud

 

David Bowie
Blackstar
2016
Columbia

 

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