Darkthrone - Arctic Thunder

Il existe une règle pour le duo Fenriz/Nocturno Culto : chaque album est meilleur que le précédent. Le problème ne vient jamais des livraisons du groupe, mais de ce que le public peut attendre d'eux. Et je crois que le bât blesse à ce niveau-là. Le public n'a, au final, jamais attendu ce qu'il fallait de la part du combo culte de black métal norvégien fondateur. Déjà, les fans de black attendent une suite soi-disant légitime et trve  black à la trilogie A Blaze in the Northen Sky/Under a Funeral Moon/Transilvanian Hunger. Venant d'un groupe au départ death metal (Soulside Journey), l'ironie était d'ores et déjà présente aux fondements.

Après les succès de Panzerfaust et Ravishing Grimness, le groupe avait oblitéré ses fans : riffs mélodiques d'outre-tombe, rythmiques binaires, ambiance mid-tempo glaçante. On croyait avoir cerné la bête. Puis vint le virage black'n'roll des Hate Them et Sardonic Wrath, suivi de peu par le retour au punk de la trilogie FOAD, Circle the Wagons, Dark Thrones and Black Flags. On clôturera l'évolution stylistique par un Underground Resistance heavy metal/metal new wave british/early black qui a fini de perdre les fans qui n'en démordaient pas d'avoir leur suite tant attendue.

Alors, si les fans blasés nous répètent que Darkthrone en 2016 ne présente aucun intérêt, je les laisse retourner à leur grotte se grimer. La discographie du duo est en effet devenue une science encyclopédique des plus grisantes. On sait Fenriz grand fan de métal en tous genres, collectionneur de découvertes devant l'éternel, sa soif de name dropping n'ayant aucune limite. Il assouvit ses pulsions de partage et de boulimie métallisée avec une émission de radio, tout d'abord, mais aussi avec l'incarnation musicale de son propre vomi culturel : Darkthrone.

Évidemment, on comprend mieux pourquoi ce groupe culte fait office de Motorhead du black en 2016. Darkthrone est un mastodonte inébranlable qui n'a tout bonnement plus rien à faire de ce qui est considéré comme de bon ou de mauvais goût et continue à suivre son bonhomme de chemin en renouant avec les origines du métal extrême, tel qu'il était à la base dans les années 80, sauce punk originelle. Fenriz et Nocturno n'ont cure de la recherche d'une soi-disant crédibilité et Arctic Thunder en est le meilleur exemple. Tout ce qui fait Darkthrone, qui a pu les construire, les faire évoluer, leur faire aimer la musique, les motiver à continuer à composer est présent dans ce nouvel opus.

Comprenez Darkthrone comme un puzzle auquel s'ajoutent à chaque album des pièces qui nous permettent d'entrevoir l'étendue d'un genre qui, en quarante ans, n'a cessé d'avancer, d'évoluer, pour mieux se lover dans ses origines. Arctic Thunder est ce heavy métal à l'énergie punk débordante qui ne cesse de jouer sur les cassures pour se blottir dans des plans doomy axés sur la répétition. Arctic Thunder est l'essence même de ce qu'est Darkthrone, et donc de ce qu'est le métal extrême : un arbre généalogique incestueux où les copulations de tous les genres et de toutes les influences aboutissent à ce moment même de la création musicale.

Chaque Darkthrone est meilleur que le précédent, et la qualité de celui-ci est tellement haute que je ne peux qu'attendre le minimum syndical d'une telle qualité à chaque fois : leur nom sur une pochette, une photo faite lors d'un trekking scandinave et des tubes à m'en casser le cou.

Indispensable.

Bertrand

Artiste : Darkthrone
Album : Arctic Thunder
Origine : Norvège
Label : Peaceville Records
Genre : encyclopédie de l'extrême pour les vrais

Année : 2016

 

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