Dälek - Asphalt for eden

Quand j'ai mis la main l'an dernier sur l'EP Masked Laughter et sur la vidéo qui tournait sur le net, je n'ai pas pu m'empêcher de sursauter. Le duo avait disparu depuis six longues années. Gutter tactics datait de 2009. On est bien loin des deux années qui rythmaient les sorties des messieurs depuis From Filthy Tongue of Gods and Griots. Vu que le DJ de la formation, Oktopüs, a deserté le navire pour voguer vers d'autres contrées (Number not Names), c'est donc amputé de la moitié de ses tentacules que Dälek a dû se reconstruire avec l'apport de Mike Manteca et reK aux machines et à la production.

L'identité du son Dälek n'a pas pour autant foncièrement changé. On erre toujours dans une musique hip-hop aux sonorités profondément industrielles, urbaines et ambiant sur les incantations spoken words de Mc Dälek.

Pourtant, la nouvelle livraison se démarque des précédentes dans la façon dont le disque est construit et dans la luminosité des productions. Asphalt For Eden est à la fois la continuité du son Abandoned Language (2007) dans le côté rampant des productions et lumineux des drones éthérés, mais aussi son antithèse vu la densité du molosse, deux fois moins long. Exit donc la fureur et la noirceur brute d'Absence (2005) et de Gutter tactics (2009).

Dälek s'illustre tout de même encore dans la diversité de ses influences et la façon de les retranscrire. Imaginez un mélange de Public Enemy pour le spoken words enragé et l'énergie rock'n'roll, Techno Animal pour le côté rythmique massivement dub, Badalementi pour l'orchestration de certaines boucles(l'OVNI instrumental 6db) et Faust pour le côté urbain et progressif des nappes. Asphalt For Eden est d'ailleurs beaucoup plus lumineux dans sa production que n'ont pu l'être ses prédécesseurs. Les longs drones hypnotisants ont gagné en shoegaze ce qu'ils ont pu perdre en indus. Pas gênant pour autant, vu que l'on reconnaît les gaziers dès les premières notes. Le changement de line up aura renouvelé la collection de disques du machiniste, donc ses influences. Peut-être plus Jesu (à l'époque où Broadrick faisait du Godflesh sous morphine, donc uniquement le premier EP) que Techno Animal dans l'âme, Asphalt For Eden reste tout de même unique dans la frange hip-hop, comme si le projet n'écoutait en fait plus de hip-hop depuis la sortie de Follow the Leader de Eric B et Rakim. Mention spéciale au morceau qui clôture la galette, It Just Is, plus beau morceau jamais composé par Dälek, à base d'une boucle de clavier en reverb à l'infini, rêve urbain sans fin.

Pour les fans de musique construite, mais aussi de musique physique et vibratoire, à ranger entre Pan Sonic, les différents projets de Kevin Martin (oui, jetez une oreille sur The Bug, nom d'une pipe), et une version de My bloody Valentine du Bronx. D'ailleurs, pour confirmer mes dires, Dälek n'a jamais tourné avec des groupes hip-hop (à part leur poulain de Deadverse, Oddatee) et a toujours signé sur des labels prônant l'éclectisme (Ipecac auparavant, Profound Lore aujourd'hui).
Énorme mornifle donc, sept ans après la précédente, il est maintenant temps de les retrouver sur scène et de les laisser nous maltraiter les oreilles.

Bertrand

Artiste : Dälek
Album : Asphalt For eden
Sortie chez  Profound Lore records en début 2016
Genre : Broadrick et Kevin Martin finissent sdf à New York

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