Cough – Still They Pray

Tous les doomsters de cette planète ont entendu le fameux éternuement d'introduction de Masters of reality de Black Sabbath. Raison suffisante et légitime pour appeler son projet Cough, donc. Dorénavant signé chez Relapse et produit par Jus Osbourne (Electric Wizard) lui-même, on sait encore une fois à quoi s'attendre avant d'insérer la galette dans notre platine. La seule interrogation qui reste est donc la qualité du rendu final.

J'ai tendance à penser que l'année 2016 est quand même un grand cru pour les sorties estampillées métal, que ce soit doom ou black. C'est d'ailleurs à mes yeux les seules sorties qui tirent leur réelle épingle du jeu en cette année n'ayant pris que peu de mornifles electro ou hip-hop, voire même classic rock. Alors si dans une grande année métal, Cough nous sort le meilleur disque doom de l'année, on le prend calmement dans les gencives.

Du point de vue stylistique, beaucoup d'ingrédients dans ce Still They Pray rameuteront les fans de la dernière heure du Wizard, avec ce son occulte hommage à tout un pan du cinéma d'horreur, ce fuzz psychédélique hommage à l'aspect originel de la scène, et cette voix rappelant souvent celle de Jus Osbourne justement. Considérez ces éléments comme des mousquetons accrochés dans la paroi friable de ce disque aussi bien que comme une marque de fabrique. Still They Pray sous son aspect classique est une longue (une heure pour huit morceaux) et lente montée vers des summums d'originalité qui permettent à Cough de repousser un genre dormant aux codes bien trop définis.

Passée l'introduction tubesque Haunter of the Dark, dans le pur jus (osbourne hihihi) fuzz maladif sur complainte saturée rythmée par un Joseph Arcaro des plus dantesques, le disque s'égare dans une mixture bien personnelle des plus alchimiques. Vocalement déjà, il est quasiment impossible de suivre les évolutions de Parker Chandler (bassiste aussi) qui transforme ses prestations au gré de ses humeurs, et modèle l'identité des morceaux. Le bougre semble aussi bien se déplacer dans un registre hurlé bien plus sludge, donnant une vivacité limite punk à Posession que poser sa voix pour un morceau quasiment rock, voire post rock (Let it Bleed), sorte de ballade mutante doomy bien cotonneuse. Il sait aussi disparaître pour laisser la part belle à un des morceaux psyché du plus bel effet (Shadow of the torturer) s'imbibant des codes 70's pour rappeler les débuts de Pelican. J'ai presque envie de crier au génie sur la dernière face de ce double LP, avec un The Wounding Hours déchirant, hurlé sur une wawa majestueuse, au riff mid tempo porté par un orgue funèbre langoureux. On terminera cette escapade en acoustique sur le morceau éponyme concluant un deuxième LP bien plus éclectique que le premier, sorte de marathon doom canal unique, varié et pourtant bien lié. Éprouvant et pourtant si unique, Still they pray porte l'étendard du genre bien haut sur ses épaules tout en en révolutionnant les canons, en jouant avec bientôt 50 ans d'histoire métal. Une réussite unique. Un disque indispensable.

Bertrand

Artiste : Cough
Album : Still They Pray
Sorti durant l'été 2016 sur Relapse Records

 

Twitter icon
Facebook icon
Google icon
Pinterest icon
Reddit icon