Corrections House - Know How to Carry a Whip

Les supergroupes c'est souvent une histoire d'alchimie foireuse entre des entités fortes à la personnalité musicale bien marquée. Je repense à Shrinebuilder et son effet pétard mouillé. Par contre, quand les musiciens jouent au service d'un groupe, en mettant de côté leur costume de super héros, on obtient Know how to carry a whip, ovni indus/tribal/sludge/postcore/EBM.

Niveau CV, Corrections houses c'est Scott Kelly (Neurosis), Mike IX Williams (Eyehategod), Bruce Lamont (Yakuza) et Sanford Parker (Nachtmystium), autant dire la crème des musiques rampantes et expérimentales de l'extrême de ces trente dernières années. Pas de pétard ici, mais une énorme bombe atomique sonique. Corrections house lamine son ambiance rampante sur fond de beats EBM distordus, guitares Godflesh époque Streetcleaner dehors, hurlements du Eyehategod mais surtout de Scott Kelly époque Through Silver in Blood avec des textures et un saxo insidieux se greffant sur cette apocalypse.

Il est d'ailleurs étonnant d'entendre un tel état de forme de la part de Scott Kelly qui imprègne cet album de la marque des débuts de Neurosis (le sinueux Souls at Zero et le massif Enemy of the Sun), de par la puissance qui se dégage des compositions. Oubliez les ébats post rock du Neurosis de ces dix dernières années, oubliez le Skinny Puppy dancefloor que vous avez en tête, oubliez Trent Reznor bodybuildé au Stade de France, on tient ici le brûlot que cette décennie n'a pas voulu nous offrir. Lorsque le marasme sonore se permet des éclaircies, c'est pour mieux livrer son venin au travers d'un sax noise des plus agressifs. (When push come to the shank et ses 8 minutes tortueuses nous ramenant directement à une ambiance Foetus meets Coil le tout ravagé par le paysage sordide d'un Neurosis terminal). On visite les contrées Apo folk de Death in june sur Visions divide, parce que pourquoi pas et on lamine les derniers espoirs béats de trouver une once d'humanité voire d'accalmie pompeuse typée années 2000 sur Burn the Witness et Hopeless Moronic.

Corrections house est une fessée constante, un disque haineux et labyrinthique qui crucifie les dérives des suiveurs de toutes les scènes qu'ont créées les membres du groupe en prenant bien soin de libérer la moindre once de rage qu'ils avaient pu emmagasiner. Malgré l'omniprésence des machines, Know how to Carry the Whip pue la pisse, la merde, les viscères ensanglantées laissées là, dans la caniveau. Le disque est brut de décoffrage, habité et pourtant d'une beauté fulgurante dans la réalisation et la justesse des parti pris. On aime à se faire mal en remuant nos entrailles dans ce bourbier fétide, se transformant en cocon rassurant et cathartique.

Bertrand

Artiste : Corrections house
Album : Know how to carry a whip
Sorti en fin 2015 chez Neurot Recordings

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