Conan - Revengeance

Lorsqu’on évoque le nom de Conan, on pense très vite soit à un personnage fictif de littérature des années 30, soit à une montagne de muscles autrichienne, bardée d’une peau de bête, vous expliquant, impassible, que ce qu’il y a de mieux dans la vie c’est « écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes ». Concernant le sujet d’aujourd’hui, on retiendra tout particulièrement de cet aphorisme des plus poignants, sa finesse. Car le Conan qui nous intéresse ici n’est autre que ce trio anglais de doom metal pour lequel l’adjectif pachydermique semble avoir été parfaitement taillé et qui viendra s’écraser le 20 mars, à la salle du Rex, en compagnie de Downfall of Gaïa, Hark et High Fighter, merci Noiser.

Conan, au départ, c’est des gars en drop f qui fuzzent comme des hommes de Cro-Magnon emportant le doom à la lisière du drone. C’est lourd, c’est gras, c’est simpliste et ça vous écrase les tympans lentement, mais sûrement. Depuis la sortie de leur première démo en 2007, le trio a parcouru bien du chemin, à tel point qu’à l’aube de ce dernier album, lâché en janvier 2016, la formation s’est vu modifier au deux tiers, et autant dire qu’une telle opération sur un trio ça peut facilement vous refondre une identité sonore. Si Conan maintient, comme on pouvait s’y attendre, le socle musical dégoulinant de lourdeur sur lequel il a fait ses armes avec les albums Monnos et Blood Eagles, l’arrivée de Rich Lewis, derrière les fûts, et de Chris Fielding à la basse, et en tant que second vocaliste, insufflent de nouvelles et subtiles influences à la musique du trio.

Ce qui souffle sur ce Revengeance, c’est une légère brise de renouveau. Là où l’album Monnos était venu extirper le groupe de la torpeur bassement primitive de la période Horseback Battle Hammer, n’en déplaise au barbare pur et dur, cet opus apporte l’essentiel nécessaire aux Anglais pour sortir du quasi-classicisme dans lequel il s’était sagement laissé bercer sur Blood Eagles. Un premier élément notable, cette nouvelle formation sonne de manière fort cohérente. Tout d’abord, on sent Rich Lewis bien moins limité que son prédécesseur en termes de variété de jeu. Le bonhomme est bien à l’aise derrière ses fûts, son jeu, puissant et précis, offre une diversité rythmique et sonore plus fouillée sans perdre pour autant de vue l’objectif principal d’un groupe comme Conan, jouer les mammouths et écraser des têtes avec ses grosses pattes. Quant à la basse, celle-ci reste lourde, puissante et massive, mais jamais brouillonne ce qui laisse suffisamment d’espace pour que la guitare de Jon Davis puisse s’exprimer avec toute la subtilité qu’on lui connait.  Là où l’arrivée de Chris Fielding fait réellement plaisir, c’est sur les parties vocales. Certes, cet élément est loin d’être essentiel chez Conan, et fort heureusement, car, pour être tout à fait honnête, Jon Davis n’a jamais vraiment été le frontman à l’organe hypertrophié qu’on aimerait voir accompagner ce pachyderme sonore qu’est Conan. Plutôt limité, le bonhomme a quand même pas mal progressé et délivre sur Revengeance une prestation un peu plus en place qu’à l’accoutumée et se voit pour l’occasion rehausser des raclements de gorge graves et glaireux de son compère à la basse. Cet ajout de grognements d’ours mal léché vient gracieusement renforcer les parties vocales qui en avaient bien besoin, les rendant beaucoup plus intéressantes. Force est donc de reconnaitre qu'avec cet opus, les Anglais délivrent de la nouveauté, mais pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin ? Car, en plus de changer son line-up, Conan change de tempo. Parfois subtile, mais indéniable, cette évolution apporte un relief inattendu aux compositions du groupe. Deux morceaux en particulier viennent presque balayer tout ce que Conan a proposé jusqu’à présent. Le titre éponyme Revengeance qui vient faire monter le thermomètre du bpm en frôlant presque le blast beats, impensable ! Et Throne Of Fire  avec son feeling hardcore et son final jouissif et destructeur au riffing bien plus subtil qu’il n’y parait. Conan a donc délaissé quelque peu la toundra pour se balader entre cratères et montagnes se révélant un poil moins monomaniaque que par le passé. Même si plus dynamique sur certains aspects de sa musique, il n’est point d’inquiétude à avoir pour les hommes des cavernes de la première heure. Conan n’en reste pas moins l’apôtre d’une lourdeur quasi abrutissante et avec un morceau tel que Thunderhoof, l’impression de se prendre une turbine de 747 en pleine gueule est toujours bien là. Des riffs gras et lents en veux-tu ? En voilà ! L’élégance d’un pachyderme en patins à glace ? Earthenguard est là pour ça, « Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes », écraser ses ennemis sous un amoncellement de riffs interminables dans le sang et la poussière, voilà ce qui clôture ces presque cinquante minutes faites de poils, de muscles et de sueur.

Avec ce Revengeance, Conan, sans être révolutionnaire, propose un peu de sang neuf dans ses compositions sans pour autant oublier les fondamentaux stylistiques qui l’ont fait connaître et délivre un album puissant et direct, peut-être un poil trop propre sur lui. Et, même s’il excelle toujours pour ce qui est de jouer les bûcherons tronçonneurs de chêne centenaire, Conan semble néanmoins avoir abattu ses dernières cartes. S’il tente de repousser tant bien que mal les murs de sa cellule, la démarche artistique de ce barbare, assumée, mais réduite par son essence même, n’aurait-elle pas atteint sa limite ? On attendra avec fébrilité le prochain effort du trio, histoire de confirmer ou d’infirmer ces propos. Pour patienter, il reste toujours les lives et c’est sûrement dans ces conditions que Conan s’exprime le mieux, avec charme et grâce.  

Samuel

Label : https://shop.napalmrecords.com/
Site : http://www.hailconan.com/

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