Celeste - Infidèle(s)

Depuis Pessimiste(s) en 2005, le groupe a bien évolué. La scène aussi. J'ai une affection particulière pour le combo depuis ses tout débuts car j'ai suivi leurs anciens projets, notamment le Mihai Edrisch de Johann, et j'ai ce sentiment de connexion avec leurs choix musicaux et la manière dont avancent leurs goûts en terme d'influences, de production et d'acquisition de savoir faire.  À ses débuts, le groupe enchaînait les galettes quasiment annuellement (Nihiliste(s) en 2007, Misanthrope(s) en 2009, Morte(s) née(s) en 2010 et Animale(s) en 2013) dans un souci d'accentuer le marasme sonore et de créer une œuvre musicale cohérente en tous points. On pense tout d'abord aux visuels mais aussi et surtout au son toujours sur la brèche d'un hardcore blackisant des plus sombres, de mélodies toujours plus lessivées et épuisantes, et d'une noirceur lancinante râclant plus bas que terre pour enfin trouver la porte de sortie vers la lumière. A l'image de leurs paroles gravées sur les artworks, d'une traite, sans espace entre les mots ; Celeste semblait vouloir en découdre avec une urgence bénie. Cette première incarnation était faite de moments de gloire, de tâtonnements qui trouvaient selon moi leur apogée sur un Morte(s) née(s) du plus bel effet, album fragile saignant toute une scène hardcore/black qui se mordait elle même la queue tel un Ouroboros d'ancien coreux plus capables de renouveler l'urgence de leur propre son.
 
C'était sans compter sur la volonté des Celeste de renouveler leur son et de prendre le temps de comprendre où ils souhaitaient amener leur projet. Le temps de la réflexion leur a au final valu d’écoper d’ un violent ulcère, et d'une décision de composer dans l'urgence cet Infidèle(s) qui à ce jour est indubitablement l'album le plus varié et le plus profond du combo. Celeste en 2017 a pris le parti d'éclaircir sa musique, d’accroître sa maîtrise de la mélodie, de varier ses compositions et d'accentuer son aspect rythmique et mélodique.  La cavalerie est toujours menée par les vocaux de Johann, hurlées, cette fois-ci  de manière presque compréhensible,  mais la production du tout rend le disque bien plus aérien.
 
On ressent aussi beaucoup plus l'influence métallique du disque hachant certains riffs mélodiques   de rythmiques bien plus black sur fond de bourrasque oxygénée (Tes amours noirs illusoires ou le majestueux A la gloire du néant d'une beauté qui souffle ). Infidèle(s) est un réel renouvellement du son de Celeste, mais aussi de toute une scène black/core et d'une esthétique s'étant extrémisée en laissant de côté l'essence mélodique et romantique de leur musique. On pense notamment à toute l'écurie Throathruiner, sans critiquer leurs choix et leurs signatures, souvent des plus justes mais prônant la violence pour la violence.
Celeste livre ici un bijou sombre, taillé dans la lumière, protéiforme et proposant diverses lectures, s'éloignant ainsi des blocs qu'étaient Nihiliste(s) et Animale(s). On attend donc une seule chose : voir ce que leur prestation live donne sur cet album, en souhaitant retrouver la précision de l'album tout en gardant la mandale noire qu'ils sont habitués à nous balancer, lampe frontale et fumées asphyxiantes aidant. Ce sera au Rex de Toulouse le samedi 12 mai. 
 
Bertrand
 
Artiste : Celeste
Album : Infidèle(s)
Sorti chez Denovali Records en fin 2017
 
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