Behemoth - The Satanist

The Satanist… on voit difficilement comment le titre du dernier effort de Behemoth aurait pu être plus concis et évocateur. Sorti chez Nuclear Blast au tout début de l’année 2014, cet album fait suite à 5 longues années d’abstinence pour les amateurs du groupe, précédé par le sympathique et néanmoins lassant Evangelion.

Attendu au tournant par une base de fan de plus en plus conséquente, le mastodonte polonais se devait de frapper fort s’il voulait confirmer sa place de 1er de la classe section métal extrême option mainstream. La bête ayant ces deux dernières années écumé avec succès toutes les plus grosses scènes du monde métal, le résultat semble avoir été à la hauteur des attentes. Plus de deux ans après la sortie de The Satanist, que reste-t-il de l’album le plus sombre de Behemoth ?

Pour ma part, la partie était loin d’être gagnée d’avance lorsque les premières notes du visqueux Blow Your Trumpets Gabriel commencèrent à vibrer dans mes enceintes. Mais, force est de constater qu’après plusieurs écoutes ce morceau se révèle être une parfaite introduction pour The Satanist. Le groupe a su poser l’ambiance dès les premiers riffs et la montée en puissance finale, appuyée par le hurlement des trompettes, sonne la charge pour un Furor Divinus enragé, démarrant violemment dès les premières secondes pour, à l’instar de l’album, ne jamais laisser retomber la pression. Riffs lourds, mélodies et soli du meilleur effet, alternance de blast beats destructeurs et de mid tempo plus atmosphériques, dès ce deuxième morceau Behemoth finit rapidement d’établir ce que seront les bases essentielles de cet opus. C’est à mon sens une des principales forces de celui-ci puisqu’une fois ces fondations en place il ne reste plus au trio qu’à étaler sa science du riffing catchy et du grandiloquent comme peu savent le tourner sans tomber dans le ridicule… mais pas seulement.

Porté tout du long par moult instruments à vent (trompettes, trombones, orgue) et chœurs, The Satanist est bien plus baroque que les précédentes sorties du groupe. L’adjonction de ces éléments fait qu’il se dégage de l’ensemble une atmosphère apocalyptique bien plus qu’à l’accoutumée, puisqu’ habituellement mise principalement en avant par la seule verve de Nergal. Autrement plus black que death dans ses arrangements, le morceau éponyme ou encore le titre Ora Pro Nobis Lucifer sont les porte-étendards de ce que Behemoth fait de mieux avec en sus une justesse dans les ambiances qui font de cet opus le plus atmosphérique de la discographie du groupe. Behemoth a su brillamment jouer la carte d’une noirceur qu’il avait laissée de côté depuis un bon moment. On saluera au passage la part belle qui est faite à Orion. Celui-ci nous gratifie d’une basse ultra présente, puissante et qui apporte bien plus à l’ambiance générale de l’album que de simples lignes rythmiques noyées dans la masse.

Au rayon des doléances, la structure des morceaux étant assez classique, on pourrait regretter le manque de prise de risque du groupe quant aux compositions. On retrouve dans les grandes lignes le travail entamé depuis l’album The Apostasy et de ce point de vue Behemoth ne révolutionne rien. Mais l’essentiel sur The Satanist est clairement ailleurs, cet opus est d’une efficacité sans faille et l’exécution magistrale. Nergal a su mettre au placard les effets outranciers, en particulier sur la voix, pour revenir à un son plus viscéral, moins synthétique comme pouvait l’être Demigod. Les réfractaires aux productions modernes resteront potentiellement sur leur faim, l’ensemble pouvant paraître lisse sur certains passages, mais on retiendra surtout un mixage propre à laisser s’exprimer chaque instrument, du plus puissant au plus furtif. Sombres et épiques à la fois, brutaux, parfois mystiques, les Polonais enchaînent chaque titre l’un après l’autre sans temps mort menant l’auditeur au final dantesque qu’est le morceau O Father, O Satan, O Sun ! qui vient superbement clôturer The Satanist. Behemoth délivre ici son album le plus abouti peut-être aussi le plus scolaire, mais le plaisir est bien au rendez-vous. La montée en puissance est savamment maîtrisée et l’intensité absolue, que demander de plus ?

Behemot
The Satanist
2014
Nuclear Blast

Samuel

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