Anaal Nathrakh – The Whole Of The Law

Intense, violent, porteur d’une haine pachydermique et autoproclamé bande-son pour un Armageddon « au calme ». En quelques mots, le tableau est dressé pour un groupe hors norme qui, depuis 1999, écartèle, broie, dévaste nos tympans. Anaal Nathrakh, le bien nommé, le duo britannique à la rage excessive dont la discographie comporte des pépites à classer au panthéon de la violence faite musique, nous revient, tel un fier horloger suisse, pile-poil 2 ans après son dernier méfait, Desideratum. Depuis plus de 15 ans, le credo d’ Anaal Nathrakh n’a pas changé d’un iota et la recette est somme toute simple. Parti d’un black metal des plus crus, le groupe y a très vite incorporé des éléments grindcore et indus pour en faire ce rouleau compresseur à l’intensité totale capable de vomir des brûlots d’une brutalité inouïe tel qu’ Eschaton ou In The Constellation Of The Black Widow. Tsunami de riffs ultras agressifs, son sursaturé, batterie indomptable, breaks d’un autre monde et vocaux cheminant de la crise de rage la plus complète aux grognements les plus sourds. Sans oublier, évidemment, les refrains mélodiques mêlant voie claire, voire haut perché, et accroches puissantes à coup de riffs entêtants.

Les Britanniques usent et abusent de cette formule depuis facilement 10 ans en ne faisant que réajuster à l’avenant les quelques variables qui composent l’essence de cette ultra violence musicale qu’ils incarnent si bien. Le précédent album n’avait pas dérogé à cette règle, à ceci près les quelques éléments « electro » venus se greffer à la structure et l’évidente accessibilité générale qui s’en dégageait. Production plus ouverte, enchaînement de morceaux tous plus mélodiques les uns que les autres, Desideratum n’avait pas su combler mes attentes en termes d’efficacité brute.

Je n’irai pas par quatre chemins, The Whole Of The Law ne relève malheureusement pas plus la barre que son prédécesseur. De deux choses l’une, soit Anaal Nathrakh a définitivement fait le tour du sujet et est en pleine perte de vitesse, soit c’est moi qui suis lassé et les récents enregistrements du groupe ne provoquent plus cette formidable décharge de rage tant attendue. Qu’on se comprenne bien, l’album n’est pas mauvais, tout est là, bien à sa place et parfaitement exécuté. D’autant plus que ce nouvel opus se trouve être moins mélodique que son prédécesseur avec des passages electro/indus plus marqués comme sur le très bon Hold Your Children Close And Pray For Oblivion, où les relents d’un groupe comme The Berzerker ne sont pas loin. Ceux qui découvriront Anaal Nathrakh avec cet album pourront être séduits sans problème. Au chant, V.I.T.R.I.O.L est toujours aussi déchaîné, l’inévitable duo : couplet hystérique et refrain mélodique avec voix claire se pavane, allant même jusqu’à pousser le délire heavy sur l’excessif Extravanganza. Entrecoupé ça et là de fugitifs moments de sauvagerie comme sur So We Can Die Happy ou de passages moins frénétiques, mais tout aussi bien menés avec We Will Fucking Kill You.

Mais, rien n’y fait, plus j’écoute The Whole Of The Law plus l’ensemble me semble poussif à souhait et me donne l’impression que les deux compères tournent maintenant en rond ne sachant plus trop où placer les curseurs. Le groupe s’est lui-même enfermé dans un carcan qui lui seyait à merveille. Néanmoins, ces dernières années, il n’a fait qu’émousser l’intensité de sa musique. Tout est devenu plus « light » et le schéma de composition reste terriblement binaire. Anaal Nathrakh est en mode pilote automatique sur cet album et se retrouve exactement là ou on l’attend. Avec une telle configuration, autant retourner écouter In The Constellation Of The Black Widow où tout y est meilleur.

Pour l’heure, The Whole Of The Law laisse, comme son aîné, un arrière-goût d’inachevé et cette sensation est d’autant plus rageante quand on connaît le potentiel destructeur d’un tel groupe. Cet album n’est pas foncièrement bon ou mauvais, mais il pâtit forcément de la comparaison avec ces grands frères dont il n’a indubitablement pas la trempe. Unique en son genre, mixant un nombre conséquent d’influences et de styles, il faut espérer qu’Anaal Nathrakh saura à l’avenir se renouveler et exprimer cette rage paroxystique qui l’anime de manière plus efficace.

Anaal Nathrakh
The Whole Of The Lawbr /> 2016
https://www.facebook.com/Anaalnathrakhofficia
Label: Metal Blade http://www.metalblade.com/

 

Samuel

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